Le TUG mérite sa popularité : rapide, gratuit et fonctionnel, il condense le lever de chaise, la marche, le demi-tour et le retour assis en une seule tâche chronométrée. Mais un chronomètre mesure une durée, pas une qualité — et cette différence compte le plus précisément chez les patients que vous dépistez. Voici le tableau complet : comment bien le réaliser, ce que valent les normes, et là où le test s'arrête.
La réponse courte
- Le protocole : le patient se lève d'une chaise à accoudoirs, marche 3 mètres à allure confortable et sûre, fait demi-tour, revient et se rassoit. Le temps entre le « partez » et le retour assis constitue le score.
- Les normes : les seniors en bonne santé terminent généralement en moins de 10 secondes ; 13,5 secondes ou plus est le seuil le plus couramment cité pour un risque de chute augmenté chez la personne âgée vivant à domicile ; au-delà de 20 à 30 secondes, l'atteinte de la mobilité est significative.
- Ses forces : presque aucun matériel, moins de deux minutes, compris de tous.
- Ses limites : un chiffre unique qui mélange quatre mouvements, aucune information sur la qualité de la marche, une variabilité liée au chronométrage, un effet d'apprentissage. L'analyse instrumentée de la marche apporte les dimensions manquantes.
Qu'est-ce que le TUG ?
Introduit au début des années 1990 comme version chronométrée du plus ancien « Get Up and Go », le Timed Up and Go a été conçu comme un dépistage rapide de la mobilité fonctionnelle de base chez la personne âgée. L'intuition qui le fonde est juste : se lever d'une chaise, marcher et tourner sont les mouvements dont dépend réellement l'autonomie quotidienne — et ceux pendant lesquels surviennent beaucoup de chutes. Le TUG les échantillonne tous en moins de temps qu'une prise de tension.
Comment bien le réaliser
Matériel : une chaise standard à accoudoirs (assise d'environ 46 cm), une ligne ou un plot marquant 3 mètres, et un chronomètre. Le patient garde ses chaussures habituelles et utilise son aide de marche habituelle — à noter avec le résultat, car un TUG avec déambulateur et un TUG sans ne sont pas le même test.
- Le patient est assis, dos contre le dossier, bras sur les accoudoirs.
- Au « partez », il se lève, marche 3 mètres à allure confortable et sûre, franchit la marque, fait demi-tour, revient et se rassoit.
- Le chronomètre démarre au « partez » et s'arrête quand le patient est de nouveau assis.
Un essai d'entraînement avant l'essai chronométré est une convention courante et sensée : la performance s'améliore souvent une fois la tâche connue. Quel que soit le protocole retenu, gardez-le identique d'une consultation à l'autre : même chaise, mêmes consignes, même aide de marche, même nombre d'essais. La valeur du TUG dans le temps repose entièrement sur cette constance.
Interpréter le temps
- Moins de 10 secondes — typique des seniors en bonne santé vivant à domicile ; globalement compatible avec une mobilité autonome.
- 10 à 13,5 secondes — une zone grise : fréquente chez les personnes âgées sans trouble majeur de la mobilité, mais à surveiller dans le temps.
- 13,5 secondes ou plus — le seuil le plus couramment cité pour un risque de chute augmenté chez la personne âgée vivant à domicile.
- Au-delà de 20 à 30 secondes — une atteinte significative de la mobilité, de nombreux patients dans cette zone ayant besoin d'aide pour les activités quotidiennes.
Comme pour tout seuil, traitez 13,5 secondes comme une convention, pas comme un verdict. Le risque augmente de façon continue avec le temps, les seuils proposés varient selon les populations et les études, et un essai lent peut refléter une mauvaise nuit autant qu'un déclin de la mobilité. La tendance au fil des consultations est plus informative que n'importe quelle mesure isolée.
Ce que le TUG fait vraiment bien
Rapidité, coût, diffusion. Le TUG ne demande aucune technologie, prend moins de deux minutes et produit un chiffre que chaque membre de l'équipe de soins sait interpréter. C'est un composite fonctionnel — il teste la séquence transfert-marche-demi-tour que le patient réalise réellement pour aller aux toilettes la nuit — et il est assez sensible pour signaler les patients qui méritent un examen plus attentif. Comme premier filtre intégré à une consultation de routine, il est difficile à battre.
Les limites d'un chiffre unique
Un chiffre, quatre mouvements. Un TUG à 14 secondes peut cacher un lever de chaise laborieux avec une marche normale, un demi-tour prudent avec une marche vive, ou un ralentissement global. Le temps total ne permet pas de trancher — alors que la prise en charge diffère du tout au tout : renforcement, travail de l'équilibre et du demi-tour, ou programme de mobilité plus large.
Aucune qualité de marche. Le chronomètre enregistre la durée du trajet, pas son allure. La variabilité d'un pas à l'autre, l'asymétrie droite/gauche et la stabilité — les caractéristiques de la marche que la recherche relie le plus régulièrement au risque de chute — ne laissent aucune trace dans le temps. Deux patients peuvent afficher le même TUG avec des marches radicalement différentes.
La variabilité du chronométrage. Quand le « partez » a-t-il été entendu ? Quand le patient est-il exactement « assis » ? Le temps de réaction et le jugement de l'examinateur ajoutent du bruit aux deux extrémités d'une mesure qui se joue souvent à quelques fractions de seconde — assez pour brouiller un changement réel entre deux consultations, surtout avec des examinateurs différents.
L'effet d'apprentissage. Les temps au TUG s'améliorent souvent au fil des premiers essais, à mesure que le patient apprend la tâche. Sans protocole d'essai d'entraînement constant, une partie des « progrès » que vous tracez d'une visite à l'autre relève de la familiarité, pas de la fonction.
Ce qu'apporte l'analyse instrumentée de la marche
Le TUG et la mesure objective de la marche sont des partenaires naturels : l'un dépiste en quatre-vingt-dix secondes, l'autre explique et suit. Une semelle équipée de la technologie AI Mov-Scan capture la marche réelle du patient — environ trois minutes, dans ses propres chaussures — et mesure plus de 30 paramètres validés que le chronomètre ne voit pas :
- La variabilité — la régularité des pas d'un cycle à l'autre, l'un des signaux de risque de chute les plus étudiés chez la personne âgée.
- L'asymétrie — un côté qui sous-charge ou passe moins de temps au sol, invisible dans un temps total.
- La dynamique du demi-tour et la stabilité — la façon dont le patient négocie réellement la partie de la tâche où surviennent beaucoup de chutes.
- Une tendance longitudinale — la même capture objective répétée à chaque consultation transforme la marche en courbe, et met en évidence un déclin progressif ou un progrès réel que les tests chronométrés isolés laissent flous.
Les résultats prennent la forme d'un Compte rendu clinique complet, et Balia, l'assistant IA conversationnel, explique chaque résultat en langage clair. Vous interprétez, validez et décidez — les outils mesurent ; le clinicien reste le clinicien.
En résumé
Faites le TUG : il est rapide, standardisé et dépiste bien. Puis rappelez-vous ce qu'est ce chiffre : une durée, pas une description. Quand un patient franchit le seuil, ou s'en approche consultation après consultation, la question suivante est de savoir ce qui, dans son mouvement, le ralentit. C'est une question à laquelle un chronomètre ne peut pas répondre — et l'analyse objective de la marche, si. Voilà pourquoi les deux ont leur place dans la même consultation, et non en concurrence.


